Les quatre Centres sociaux protestants (CSP) — Genève, Neuchâtel, Berne-Jura et Vaud — ont présenté ce mercredi 16 septembre 2026, lors d’une conférence de presse commune, trois priorités pour mieux protéger les personnes en situation de précarité en Suisse: garantir effectivement le minimum vital, harmoniser les barèmes entre cantons et dispositifs, et améliorer la mesure de la pauvreté.
Trois priorités pour agir
Les CSP formulent trois demandes pour mieux protéger les personnes en situation de précarité:
- Garantir effectivement le minimum vital, en fondant les montants sur les besoins réels et documentés des personnes, et en les protégeant des diminutions dictées principalement par des objectifs d’économie budgétaire.
- Harmoniser et revaloriser les minima vitaux, entre dispositifs, groupes de population et cantons, avec pour objectif à terme un socle commun mieux protégé au niveau fédéral et régulièrement indexé sur l’évolution du coût de la vie.
- Mieux mesurer la pauvreté et la précarité, notamment grâce à des données cantonales comparables, une meilleure prise en compte des personnes actuellement invisibles dans les statistiques (sans-papiers, situations d’usure, non-recours aux prestations, etc.), et la prise en compte du recours à la solidarité privée et associative.
En complément, les CSP préconisent de renforcer la prévention de la pauvreté, notamment par le développement des prestations complémentaires pour familles et des salaires minimums.
Intervention de Mélanie Müller, codirectrice du CSP Neuchâtel
Un minimum vital, plusieurs réalités
Il n’existe pas en Suisse un seul minimum vital, mais au moins sept: prestations complémentaires AVS/AI; PC Familles; minimum insaisissable des poursuites; aide sociale ordinaire ou pour les jeunes; régimes liés à l’asile; aide d’urgence, sans compter les variations cantonales. Chacun de ces seuils répond à des règles, des bénéficiaires et des montants différents, sans qu’un cadre commun ne vienne les articuler. Les tentatives d’harmonisation ont jusqu’ici toutes échoué, et ces minima continuent au contraire à se multiplier.
Autre particularité : un minimum vital ne devient un seuil d’intervention sociale effectif que s’il est reconnu et validé par les autorités politiques. Sans cette reconnaissance, il reste une notion théorique, sans portée concrète pour les personnes concernées. Cette dépendance au politique est à double tranchant: elle est nécessaire pour que ces montants s’appliquent réellement, mais elle les expose aussi aux arbitrages budgétaires, sans lien avec les besoins réels des personnes concernées. Le forfait d’entretien de l’aide sociale a ainsi déjà été revu à la baisse en 2005 (recommandations de la Conférence suisse des institutions d’action sociale, CSIAS), une réforme similaire a été rejetée de justesse par le peuple bernois en 2019, et Genève a réduit son forfait d’intégration de 50 francs début 2026. À Neuchâtel, la tendance a toutefois été inverse : malgré une situation financière cantonale difficile, les forfaits prévus par la Loi sur l’action sociale ont été augmentés en avril 2026. Pour les CSP, ces trajectoires contrastées illustrent bien le problème : un minimum censé rester intangible dépend en réalité des choix politiques, au point de fonctionner comme une simple variable d’ajustement budgétaire, d’où leur appel à un socle commun mieux protégé et indexé sur le coût de la vie.
Une pauvreté connue, mais incomplètement mesurée
Selon les chiffres de la Confédération, en 2024, 8,4 % de la population suisse vivait sous le seuil de pauvreté et 16,4 % était exposée à ce risque. Ce seuil se base sur les normes de la CSIAS : en 2024, sa valeur moyenne s’élevait à 2’388 francs par mois pour une personne seule et à 4’159 francs pour un couple avec deux enfants, des montants censés couvrir les dépenses courantes et le logement, hors primes d’assurance-maladie, cotisations sociales, impôts et pensions alimentaires.
Mais ce taux national masque de fortes disparités cantonales, faute de statistiques directement comparables, et laisse surtout de côté une partie de la réalité : les personnes sans papiers, celles en situation d’usure entre précarité et aide sociale, ou encore celles qui vivent juste au-dessus du seuil sans jamais y basculer statistiquement, souvent faute de faire valoir leur droit aux prestations. Le premier Monitoring national de la pauvreté de la Confédération confirme d’ailleurs la fragilité de cette frontière : un relèvement de seulement 500 francs par mois du seuil ferait presque doubler le taux de pauvreté.
Ce sont précisément ces personnes en situation de précarité, qui ne sont pas inclues dans les statistiques fédérales sur la pauvreté, que le CSP Neuchâtel accompagne au quotidien, en les aidant à faire valoir leurs droits, en les soutenant dans leur gestion administrative et financière parfois notamment par des aides financières ponctuelles et urgentes. Un soutien qui permet d’éviter le pire dans l’immédiat, mais ne résout pas des budgets durablement trop serrés.
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