« Faire entendre la réalité du terrain »

Arrivé au CSP Genève début août pour une période de transition avec Alain Bolle, Mathieu Crettenand en prendra officiellement la direction en octobre. Engagé depuis plus de vingt ans dans les domaines des droits humains, de l’insertion et de l’asile, il revient sur le fil rouge de son parcours. Ses premiers pas au CSP sont l’occasion d’évoquer les enjeux de sa nouvelle fonction.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre le CSP ?

Le CSP occupe une place singulière à Genève. Il accompagne concrètement les personnes confrontées à la précarité, tout en portant leur réalité dans le débat public. Cette articulation est essentielle à mes yeux : ce qui remonte du terrain permet au CSP d’interpeller les pouvoirs publics et de contribuer à l’évolution des politiques sociales.

Cette manière d’agir correspond au fil rouge de mon parcours. Depuis plus de vingt ans, je travaille sur des questions de justice sociale, d’égalité et d’accès aux droits. Rejoindre le CSP me permet de mettre cette expérience au service d’une institution reconnue, présente auprès de publics très divers et capable de faire entendre une parole forte sur les enjeux sociaux.

Que retenez-vous de votre parcours pour cette nouvelle fonction ?

J’ai travaillé à la fois dans le monde associatif et au sein d’institutions publiques. Cette double expérience m’a appris, à partir des réalités du terrain, à construire, en responsabilité partagée, des réponses concrètes pour les personnes concernées.

Mon parcours m’a d’abord conduit dans le domaine de l’insertion professionnelle, notamment autour des emplois de solidarité. À l’Université de Genève, cette volonté d’ouvrir l’accès aux institutions a pris une forme très concrète avec Horizon académique. Avec plusieurs partenaires, nous avons créé ce programme à partir d’un constat : des personnes issues de l’asile arrivaient à Genève avec une formation, des compétences et un projet, mais sans réelle possibilité de valoriser leurs bagages académiques. L’objectif était de leur ouvrir les portes de l’université et d’éviter une perte de qualification. Le programme a ainsi associé cours de français, accompagnement académique et mentorat.

À l’Hospice général, la direction de l’Aide aux migrants m’a ensuite placé au cœur du dispositif genevois de l’asile. Cette responsabilité impliquait de répondre à des situations humaines complexes, de conduire des équipes et de mettre en œuvre des politiques publiques dont les effets se mesurent très concrètement dans la vie des personnes.

Au CSP, les différentes dimensions de mon parcours se rejoignent : l’attention portée à chaque personne, la construction de réponses concrètes et l’action sur les mécanismes sociétales qui entretiennent la précarité et l’exclusion.

Qu’est-ce qui vous a marqué depuis votre arrivée ?

Je découvre une institution qui réunit une grande diversité de métiers et de compétences. Derrière chaque consultation et chaque activité, il y a une connaissance très fine des difficultés rencontrées par les personnes, portée par des équipes extrêmement investies dans leur mission.

Mes premières semaines sont consacrées à rencontrer les équipes, à comprendre leur travail et à mieux saisir ce qui fait la force du CSP ainsi que les enjeux propres à chaque secteur. Cette phase d’écoute et d’immersion est indispensable pour fonder les prochaines décisions sur leur expérience et sur les besoins des personnes accompagnées.

Vous succédez à Alain Bolle après une période de forte croissance du CSP. Comment abordez-vous cette transition ?

Depuis mon arrivée, Alain Bolle et les équipes font preuve d’une grande disponibilité et d’une volonté de transmettre. La qualité et la franchise de nos échanges me permettent d’entrer rapidement dans la réalité de l’institution, et je leur en suis très reconnaissant.

Ces deux mois aux côtés d’Alain sont précieux pour comprendre les choix qui ont accompagné le développement du CSP, les équilibres sur lesquels il repose et les enjeux auxquels l’institution devra répondre ces prochaines années.

Je mesure le travail accompli sous sa direction et la responsabilité qui consiste à prendre le relais. Il ne s’agit ni de tout réinventer ni de reproduire ce qui existe sans l’interroger. Ma priorité sera de préserver ce qui fait la force du CSP et de consolider les conditions de son action à long terme.

Après plusieurs années de croissance, l’enjeu est de renforcer l’organisation, ses modes de fonctionnement et sa capacité à remplir durablement ses missions. Cette étape devra se construire avec les équipes, le comité et les partenaires du CSP.

Notre ambition est de répondre au plus près aux besoins du terrain et aux personnes que nous accompagnons. L’engagement de nos donateur∙rices et de nos bailleurs de fonds est essentiel durant cette période de consolidation. Nous nous réjouissons de pouvoir compter sur leur fidélité et les remercions.

Quelle direction souhaitez-vous donner à l’institution ?

La stratégie institutionnelle à l’horizon 2030 nous donnera l’occasion de définir collectivement les prochaines étapes. Je souhaite que cette réflexion parte du travail quotidien du CSP, des besoins observés sur le terrain et de l’expertise de celles et ceux qui font vivre l’institution.

Mon cap est clair : maintenir un accompagnement professionnel et accessible, développer des réponses individuelles et collectives, renforcer la capacité du CSP à défendre les droits et préserver son indépendance de parole. Dans un contexte où les parcours se complexifient, le CSP doit continuer à soutenir les personnes, mais aussi à rendre visibles les réalités qu’elles vivent.

Je rejoins une institution forte de plus de septante ans d’histoire. Mon ambition est qu’elle reste capable d’évoluer sans perdre ce qui fait sa singularité : la proximité avec les personnes, la connaissance des réalités sociales et la volonté de transformer cette expérience en action collective et plaidoyer.

 

Photo : © Eric Roset